L'emprise affective




Il existe de nombreux phénomènes complexes qui peuvent s'apparenter a une relation d'emprise affective. Elles sont multiples, dans le domaine du travail, de la famille, en couple ou bien dans les amitiés.


L'emprise est mentale avant tout, elle est le signe que la personne coupe son esprit, ses pensées, son psychisme, son existence, son être pour autrui.

La "victime" sous emprise est dominée, influencée, manipulée afin qu'elle s'ajuste et qu'elle ajuste ses décisions en fonction de son "bourreau".


"Ainsi, lorsque nous sommes vulnérables, il arrive que nous remettions nos convictions, avis et ressentis entre les mains d'autrui de façon récurrente, disproportionnée, au point de perdre de vue nos sensations profondes et notre liberté d'action. (...) Même sous couvert de bonnes intentions, l'emprise est une mainmise sur l'être, l'existence et la pensée d'autrui, dans le but d'en disposer et d'en jouir, voir, de la détruire".

Comment reconnaître l'emprise affective?


Les psychanalystes Saverio TOMASELLA et Barabara ANN HUBERT ont dressés une liste des signaux de la personne sous emprise.


- Toute emprise est hypnotique. Le prédateur endort sa proie; il l'anesthésie en obscurcissant sa lucidité, en annihilant son discernement et en brisant son libre arbitre.

- Une situation d'emprise est une voie sans issue, une impasse psychique et relationnelle.

- L'emprise est une main basse sur l'esprit. Médusé, le prisonnier devient dépendant de son geôlier, pouvant en venir à croire qu'il lui doit la vie ou que la vie est impossible sans lui.

- La mise sous influence génère une idéalisation forcée de la part de personne dominée envers la personne dominante.

- L'emprise sur autrui correspond à un parasitage pernicieux: une forme de vampirisme invisible, qui prive l'autre de son énergie, de sa vitalité et de sa pensée personnelle.

- L'établissement d'une domination sur autrui s'accompagne d'un contrôle de l'espace psychique (pensée), autant que de l'espace physique (intimité).

-Certaines formes d'influence s'appuient sur une communication paradoxale qui juxtapose des exigences incompatibles entre elles, instaurant un "système de triple contrainte".

- L’aliénation d'une personne peut concerner l'ascendant sur un autre individu, mais aussi la domination d'un groupe.

- Certains systèmes sont facilement repérables, d'autres sont lus insidieux.

- La famille est le creuset de l'emprise, le lieu où elle naît et grandit, devenant pour l'enfant le référentiel qui va façonner son existence.

- Comme mainmise sur la pensée et a liberté de l'autre, l'aliénation s'appuie sur la négation de ses ressentis.

- Un enfant est rarement sous l'emprise d'un seul de ses parents. Lorsque l'autre parent ne participe pas activement, il laisse faire et devient complice.

- L'enfant (le conjoint, l'employé) exprime ce qui est nié par ses proches. Il est considéré comme la "maillon faible" du groupe, alors qu'il joue en fait le rôle de fusible.

- La personne sous influence est emprisonnée dans le fantasme du prédateur. Elle n'existe plus par elle-même: n'existe plus pour elle que le réel de la jouissance ou de la maltraitance.

- Il n'y a plus de vie, tout devient automatique, machinal creux. Il n'y a que du fantasme.

- Angoisse de se sentir vide, irréel et de n'être plus rien.

- Possible répétition du trauma (profanation): le sujet ne se sent exister que dans les situations de jouissance mortifère (sexualité, maltraitance, addiction) qu'il a connues.

- Emprise rime avec méprise autant qu'avec mépris, qui sont des manifestations de la haine, cette force obscure qui vise à dépersonnaliser et à déshumaniser. La haine assigne l'autre à résidence dans une fausse identité.

- Enfermement dans le mental, l'intellectualisation, donc perte de contact avec la réalité et, même, perte de la mémoire de la réalité. Déconnexion avec le corps.

- Les fantasmes et la jouissance permettent d'occulter les vraies réalités de la relation ( perversion, instrumentalisation, haine, domination, destruction...).

- Le propre de l'emprise est de pousser l'autre à se détruire lui-même... L'agressivité légitime de la révolte est alors retournée contre soi.

- La personne prisonnière joue le rôle de fusible: elle sort peu à peu de la réalité, devient de plus en plus faible, démunie, corvéable (y compris dans son corps), et risque de devenir folle.

- S'engouffrant dans le vide d'amour, la jouissance sociale ou sexuelle sert à masquer la jouissance à détruire ou à être détruit, comme seul lieu de rencontre possible; faute de relation.

- L'idéalisation est un ciment dans de très nombreuses formes d'emprise: elle permet de se faire croire que la relation est belle, bonne, féconde, alors qu'elle est bien décevante, en fait.

- Création d'une faille chez la personne emprisonnée: grande vulnérabilité, mentalisation et obsession (hantise: fantômes induits par les secrets du geôlier, ses mensonges et ses dénis).

- Il est impossible de haïr un autre être humain à moins d'en faire un fantasme, un objet imaginaire. L'individu qui veut le pouvoir à tout prix choisit d'être dans la haine et de la mettre en oeuvre. Il déshumanise l'autre, en fait une effigie, une poupée vaudou sur laquelle il va s'acharner.

- Quand il sent que sa proie lui échappe, et qu'elle ne s'identifie plus à la poupée vaudou, le prédateur s'ingénie à la faire revenir par tous les moyens qu'il peut imaginer.

- une emprise, quelle que soit sa forme, vise à détruire le fonde même de l'humanité et de la spécificité d'un personne: je désire, je pense, je suis.







Comment sortir d'une relation qui nous empoisonne l'existence et qui enferme?

Dans les relations d'emprise, il est nécessaire de comprendre la manipulation, la domination ainsi que la complicité passive ou active, consciente ou inconsciente du sujet en souffrance qui facilite la relation toxique avec son bourreau.

Derrière cette relation toxique se cache parfois un drame, une souffrance traumatisante, une honte, une culpabilité du sujet qui se sent responsable d'avoir été manipulé, dénigré.

Une réflexion sur soi permet de voir ses propres zones d'ombres, de comprendre la situation et de pouvoir dire "non" avec fermeté, se faire entendre..

" Regarder la réalité en face, se laisser le temps d'appréhender au mieux les changements nécessaires, et choisir en conscience de suivre telle voir ou telle autre: cela va nous permettre de trouver des issues réelles à nos impasses relationnelles".

Le cheminement et la libération commence par:

- Accepter la réalité telle qu'elle est même si elle est inconfortable

- se libérer du jugement d'autrui et apprécier ce que nous sommes avec nos qualités, nos défauts, nos valeurs, notre histoire de vie. Il est donc nécessaire de prendre position, s'indigner, se révolter, affirmer son désaccord.

"Sortir de l'emprise requiert de nous un sursaut, un élan, un refus délibéré de collaborer, de ne rien dire ou de se soumettre! Il est très douloureux d'accepter de voir en pleine lumière l'ampleur de notre possible lâcheté, et de réaliser qu'un compromis est un "cadeau" empoisonné pour soi, pour l'autre et pour la relation".

- Pour sortir de l'emprise, il est nécessaire d'accepter d'être seul, face à soi-même, ne plus se déterminer par rapport à autrui. Comprendre les causes de la soumission, la dépendance affective, la peur de la solitude, l'abandon,ou l'isolement.

Les causes qui poussent le sujet en souffrance à rechercher chez l'autre une valeur, une approbation, une autorisation, une protection, une place pour exister..

- Ne plus de sacrifier et ne plus se laisser faire: il s'agit de comprendre les causes de la soumission silencieuse, la maltraitance, l'obéissance , la loyauté à autrui..

- il y aura dans la trajectoire du sujet, des moments de fortes colères a manifester, des prises de conscience de plus en plus concrètes, ou la soumission et le sacrifice n'est plus envisageable: c'est "un détachement progressif et salutaire"!

- "les ligatures de la mainmise, de l'influence et de l'aliénation ne sont pas des relations: elles sont contraintes à la rencontre d'âme entre deux êtres. Tout moyen est un obstacle à la rencontre, car celle-ci ne peut se vivre que dans la gratuité, la réciprocité, la spontanéité, en l'absence de calcul ou de stratégie. Vouloir obtenir qq chose d'autrui, vouloir le convaincre, vouloir l'inciter à penser ou agir selon nos vœux est déjà une forme de manipulation et un début d'emprise. Nous sommes donc tous concernés par une vigilance nécessaire pour laisser l'autre être et exister"...


"Vivre suppose d'accepter les risques de la solitude, du manque et de la finitude. Cette réalité exige de nous le deuil de la sécurité et de la protection. Nous sommes démunis, fragiles et impuissants, dans le sens d'une impossible toute-puissance et de capacités très relatives.

Nous apprenons à vivre sans les illusions que confère le pouvoir, auquel nous devons renoncer, pour grandir en sagesse et en connaissance, pour grandir en humanité et en amour.

Le pouvoir et l'emprise s'opposent à l'amour, voici la clé de voûte de chaque réflexion sur la relation. Nous ne pouvons aimer réellement que si nous acceptons de sortir des jeux d’emprise et des enjeux de pouvoir. Alors il devient possible de vivre libre, dans une liberté vraie, une liberté avant tout intérieure. L'emprise n'est pas une fatalité!'.


Si vous souffrez et que vous vous sentez prêt à vous poser et "élaborer sur votre souffrance, alors, il est peut-être temps de contacter un thérapeute qui va vous accompagner dans cette démarche. Bonne route


Mme MESIC Bisera

Cabinet de psychanalyse et psychothérapie Archamps


Source:

Livre: "L'emprise affective : sortir de sa prison" Par Saverio TOMASELLA et Barbara ANN HUBERT édition: groupe Eyrolles, 2014

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